En théorie, un enfant peut tout pardonner à ses parents, leurs petites erreurs de tous les jours, leurs petites injustices. C'est difficile d'être parent. On ne reçoit pas de formation, ni d'instruction sur la question. Alors comment savoir que l'on agit bien, ou que l'on agit mal ? Comment savoir ce tel ou tel mot va produire ? Comment savoir si telle ou telle décision sera la bonne ?
Cependant, il est des « fautes impardonnables » à ne pas commettre, selon moi.
Interdire à son enfant « d'être » ce qu'il est, ce qu'il devient, ce pour quoi il bâtit sa propre destinée. Faire de son enfant « sa chose », le transformer en « alibi » à ses propres fautes, à tous ses propres travers, l'enfermer dans l'ombre de soi-même au point de le pousser à « s'autocensurer », à se renier lui-même, à le rendre si transparent que la vie semble en permanence lui échapper.
Ces fautes-là, je les ai subies. J'aurais pu leur pardonner beaucoup... Peut-être même l'impardonnable... Mais ils n'ont même pas eu l'honnêteté de se regarder en face et de se demander s'ils ne devaient pas avoir honte de ce qu'ils « nous » avaient fait (nous étions trois enfants !). Mes parents n'ont pas compris à quel point ils m'ont profondément blessé. Ma famille dans son ensemble, trop occupée à regarder son nombril, n'a pas vu à quel point je n'étais ni imperméable, ni insensible et sans doute très différent d'eux tous. On m'a catégorisé dans la case de la chose dont on ne voulait pas ou seulement pour faire du mal à l'adversaire désigné, l'outil de la violence, de la colère et de la méfiance éternelles...
Je me suis longtemps renié moi-même, longtemps cherché, souvent perdu...
Si aujourd'hui, je m'engage contre l'homophobie, c'est parce que je crois lire dans les témoignages, ci et là, les mêmes effets aux mêmes causes, du moins globalement. Le même refus pour l'autre d'être ce qu'il est. La même terrible injustice, la même impression d'être « anormal », d'être transparent..., inexistant. Ce qui m'a poussé, c'est de voir un ami souffrir de refus d'un poste professionnel à cause de son homosexualité, parce que (je l'ai entendu !), « ça va mettre une sale ambiance ! ». Il aurait pu se battre... Mais il s'est effacé sous le poids des cons.
Plutôt que d'accepter et se remettre en cause, ma famille a plutôt cherché à me « rendre coupable » de l'homosexualité d'un cousin. Pourquoi ? Parce que je fus le premier auquel il se livra, le premier à l'accepter avec sa nature et à le considérer avec respect, alors que tant d'autres le repoussaient.
Ma nature est timide... A 18 ans, j'avais fait peu de rencontres féminines. En effet, mes parents avaient mis un tel point d'honneur à rejeter mes « copines » parce que l'une était maghrébine, parce qu'une autre était noire, etc..., que par instinct et pour ne plus souffrir, je me suis interdit toute nouvelle relation.
À cause de cela et parce que je n'avais pas de copine, lorsque j'avais 17 ans, mon père a lancé à ma mère devant moi, qu'elle m'avait « rendu PD ». Oh, la vérité est qu'il se moquait bien de ce que j'avais au fond de moi et qu'il cherchait encore après 12 ans de divorce, à culpabiliser ma mère, à lui faire mal...
Plutôt que de remettre leurs propres comportements en cause et chercher à comprendre pourquoi je m'étais à ce point isolé, ils ont trouvé des coupables virtuels, des responsabilités imaginaires. Ma mère, ce jour-là, a pleuré en me regardant et me posant un lamentable : « C'est vrai que tu es...? » (elle n'a pas prononcé le mot, c'était trop sale !). Beh non, je ne l'étais pas...
Leur monde est binaire : il ne fait pas de foot, il est seul, il est replié sur lui-même, aucune fille ne traîne autour de lui = il est PD ! S'ils avaient seulement pris le temps de penser à autre chose qu'à leurs propres colères, à leurs haines mutuelles..., ils auraient compris que je suis beaucoup plus complexe que cela.
En prime, ils m'auraient permis à moi-même de me comprendre plus tôt.
Le coeur est un océan de secrets.
Le titre de ton mesage m'a interpelée et son contenu ...bouleversée !
Je développerai plus tard , si tu le permets , mais dans l'immediat , je te dirai une seule chose :
Ton texte m'a interpeller, je comprend ton sentiment d'incompréhension que j'ai moi meme vécu, mes parent n'ont jamais accepter mon mari car il été arabe!!! (quel honte pour eux) alors j'ai couper les liens avec eux et continue a mener ma petite vie, je suis la plus heureuse des femmes et fiere de porter à ce jour son enfant.